War Silence. Concertos pour piano italiens rares.Hyperion CDA68458 Enregistré 26-27 mars 2022, Henry Wood Hall, London, United Kingdom Date de sortie : 01/02/2025 Roberto Prosseda, piano London Philharmonic Orchestra Nir Kabaretti, direction
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Il s’agit d’une tentative de retracer et de décrire le silence, qui existe même en temps de guerre, que ce soit dans la mort ou dans la vie. Le premier mouvement, « Tranchées », est la représentation la plus descriptive de la guerre telle que nous la connaissons, et c’est le mouvement dont le sens a le plus changé depuis 2015 ; la seconde, « Solitudes », est plus élancée, faisant référence au fait que la guerre est souvent synonyme de solitude, de rupture des liens. Le troisième s’intitule « Fruts » (« enfants » en frioul) : les enfants qui représentent la vie malgré la guerre.
Comment la guerre est-elle racontée en musique ?
Il n’y a aucune description de bombardement ; Au contraire, c’est un voyage émotionnel qui est reconstruit – la rupture des relations humaines, la solitude, la possibilité de l’espoir. Sous toutes les bombes et les destructions, malgré tout, il y a de la vie.
Tranchées – Solitude – Enfants : dans ce parcours émotionnel et jamais simplement descriptif (comme Beethoven l’a définitivement enseigné lors de la présentation de sa sixième symphonie « pastorale » : « plus une expression de sentiments qu’un tableau »), le compositeur nous entraîne d’abord dans le vacarme, puis dans le silence, et enfin dans la terreur qui ponctue la vie des soldats suffoquant dans les tranchées pendant et après un bombardement ennemi. Le pressage rythmique progressif – cher à la poétique de la musique minimaliste et l’une des techniques musicales expressives les plus fortes développées au XXe siècle – s’avère être une stratégie efficace pour représenter ce cauchemar, cette terreur, qui s’amincit pour laisser place au silence qui suit la destruction ; C’est un bref silence, interrompu par de nouvelles déflagrations. Est-ce le silence de la mort ou de la vie ?
Cette dialectique est inversée dans le mouvement central : dans la solitude de la tranchée, ceux qui sont en guerre souhaitent retourner à une autre vie, mais ils ne peuvent imaginer cette issue que dans leur propre silence intérieur, jusqu’à ce que la guerre se taise ou qu’une nouvelle attaque arrive. L’écriture de Carrara permet à ses intentions dramatiques de devenir une réalité musicale : le tempo attaque impitoyablement, ou il se détend dans un calme lyrique renforcé (de manière plus palpable dans l’ouverture du deuxième mouvement) par la délicatesse du dialogue entre les instruments individuels et le soliste. Comme un rêve, déformé par une nouvelle incursion de l’angoisse, les répétitions obsessionnelles dans le registre aigu expriment la puissance de ce cauchemar, qui s’amincit dans une reprise de la lente matière initiale. « La musique – raconte le compositeur – ne fait pas de chronique, mais entre dans toutes les situations émotionnelles dans lesquelles l’homme vit, de sorte qu’elle peut aussi avoir une fonction politique. Après cela, le niveau auquel la musique s’adresse n’est pas celui de la chronique, mais celui de l’âme d’une personne. C’est la responsabilité civique de l’artiste : certainement pas un devoir, mais une opportunité, particulièrement nécessaire à une époque où la morosité du monde semble l’emporter et où l’espoir se fait rare.
La décision d’appeler le troisième mouvement « Fruts » représente un investissement absolu de confiance dans l’avenir de l’humanité après la guerre, après toute son histoire, parce que notre histoire, pendant des millénaires, a été marquée par d’innombrables guerres. La paix sera-t-elle jamais possible ? Est-il possible ici, dans la félicité effrénée de « Fruts », le temps le plus court et le plus rapace, joué entre accélérations dynamiques et transgressions chantables, comme un horizon qui ouvre une sérénité partagée ? Dans la poursuite effrénée des dernières mesures, le pianiste et l’orchestre partagent un sentiment d’optimisme rythmique et harmonique ; Cependant, autour de cela se forme une cacophonie familière à texture épaisse qui nous rappelle le contraste amer entre la réalité et l’utopie. Carrare ne dissimule pas, mais raconte. Témoin du temps, il refuse de ne pas voir ce qui est, ni d’accepter qu’il en sera toujours ainsi.
Extrait des notes rédigées par Sandro Cappelletto © 2025