Martinů Piano Quartet The Martinů Piano Quartet
(Bohumil Kotmel - violin, Karel Špelina - viola, Miroslav Petráš - cello, Emil Leichner - piano)
Arco Diva UP 0027-2 131

Recorded in May 2000 in the Domovina Studios, Prague
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November 2000
TT : 58 mn.

 

 

Bohuslav Martinů (1890-1954) : First Piano Quartet (1942)

Viktor Kalabis (1923) : Ludus for Piano Quartet, Op. 82 (? 1998)

Karel Husa (1921) : Variations for Violin, Viola, Cello and Piano (1984)

Le quatuor pour cordes et piano est un genre finalement peu représenté : seuls ceux de Mozart, Fauré, Chausson, Dvorak, Schumann ou Brahms continuent d’être régulièrement joués et enregistrés. Il est vrai que l’équilibre est plus dur à trouver entre ces quatre instruments que pour un trio ou quintette avec piano traditionnel. Le XXe siècle n’aura pas vraiment contribué non plus à enrichir cette formation. Néanmoins, quelques œuvres, et pas des moindres, font exception à la règle. Le Martinu Piano Quartet nous en propose trois exemples, tirés du répertoire tchèque.
La première œuvre est due à Bohuslav Martinu, dont la musique de chambre entre de plus en plus souvent dans les studios d’enregistrement. Ne vous fiez pas à la pochette – qui indique "First Piano Quartet" –, Martinu n’a composé qu’un seul quatuor avec piano, en 1942, lors de son exil américain. Construit de manière très classique, en trois mouvements vif-lent-vif, il s’ouvre sur un Poco allegro dans le genre "mouvement perpétuel", concentré, tendu et sans répit. Le contrepoint de l’Adagio central laisse percer l’influence des polyphonistes franco-flamands de la Renaissance (que Martinu appréciait particulièrement). L’Allegro poco moderato qui lui fait suite offre, par sa thématique inspirée du folklore tchèque, une conclusion pleine de fraîcheur et de lyrisme.
Le style de Viktor Kalabis se rapproche plus de Bartok ou Janacek que de Martinu. On retrouve dans Ludus – écrit pour les interprètes de ce disque et créé en 1998 – un lointain écho de musique populaire. Mais, ici, aucun emprunt thématique : nous sommes en présence d’un "folklore imaginaire" imprégnant le matériau compositionnel de base. L’œuvre est courte et condensée en un seul mouvement de forme continue. Sa principale caractéristique est une écriture polyrythmique complexe entre chaque voix dans un langage polytonal qui n’exclut pas de longues phrases mélodiques (au violon essentiellement) de tournure brahmsienne. Ce petit quart d’heure de musique donne envie de mieux découvrir ce compositeur méconnu en France et peu enregistré (sinon chez Panton et Le Chant du Monde).
Après des études brillantes au Conservatoire puis à l’Académie de musique de Prague, Karel Husa est parti à Paris travailler la composition auprès d’Arthur Honegger et la direction d’orchestre auprès d’André Cluytens. Mais la Seconde Guerre mondiale le contraint à s’exiler aux Etats-Unis, pays qu’il n’a plus quitté depuis et dont il a obtenu la nationalité en 1959. Son style est résolument contemporain, Husa n’ayant cessé d’utiliser et d’expérimenter les langages musicaux du XXe siècle : série, micro-intervalles, écriture aléatoire… Les Variations proposées ici alternent entre des passages très rythmiques, saccadés, dans une écriture chromatique et contrapuntique, et d’autres formés de longues plages sonores faisant la part belle aux quarts de ton. Husa utilise aussi toutes les possibilités de jeu des instruments, à l’exception du pizzicato : glissandi, jeu sur le chevalet ou sur la touche, frottement avec le bois de l’archet, percussions sur le bois du piano, cordes du piano directement pincées ou grattées, etc.
Le Martinu Piano Quartet nous livre de ces pages assez disparates une lecture magistrale. Le jeu des cordes est irréprochable, juste, chaud et sonore – nous ne sommes pas pour rien dans le pays de Joseph Suk. Le piano se voit presque exclusivement cantonné au registre percussif, mais Leichner en tire des effets saisissants. Dernier intérêt de ce beau programme : montrer trois visages de la musique tchèque du XXe siècle, du néoclassicisme au modernisme en passant par le traitement folklorique.

Maxime Kapriélian