Erich Wolfgang Korngold : Die Tote Stadt Op. 12
Opus Arte OA1121D
(2 DVDs)
Recorded live at Finnish Opera, Helsinki, November 2010
Directed by Kasper Holten
Director of Opera at the Royal Opera House.
Rel. 30-09-2013
Running time: 151 minutes
Subtitles EN / FR / DE / JP / KR
Sound format: 2.0 LPCM + 5.1(5.0) DTS

 

 

Paul - Klaus Florian Vogt
Marietta - Camilla Nylund
Frank / Fritz - Markus Eiche
Brigitta - Sari Nordqvist
Marie - Kirsti Valve
Juliette - Kaisa Ranta
Lucienne - Melis Jaatinen
Victorin - Per-Håkan Precht
Count Albert - Juha Riihimäki
Gaston - Antti Nieminen
The Finnish National Opera Chorus, Children’s Chorus and Orchestra
Mikko Franck

Die tote Stadt (Korngold) Paris 2016 Vogt Nylund Eiche – Opera on Video

The child prodigy Erich Wolfgang Korngold, hailed by musical personalities like Richard Strauss and Gustav Mahler, wrote two highly successful operas while still in his teens, Der Ring des Polykrates and Violanta, and when his next work, Die tote Stadt, arrived a few years later the interest from opera houses was so immense that it was premiered simultaneously in Hamburg and Cologne. The Cologne premiere was conducted by Otto Klemperer, incidentally, while in Hamburg the role of Marietta was created by Maria Jeritza, who a year later also bowed at the Metropolitan Opera in the same role. Die tote Stadt was no doubt one of the most popular operas during the 1920s, but when the Nazis came to power it was banned (Korngold was Jewish) and for decades to come it was practically forgotten, until the 1970s, when it was staged again and RCA recorded it under Erich Leinsdorf. Today it is less of a rarity and has received notable productions in Vienna, at Covent Garden, San Francisco and Opéra Bastille. I have seen two previous productions: in Stockholm in the mid-1990s (also recorded by Naxos) and at Chậtelet in Paris in a guest appearance from Opéra du Rhin (available on DVD). The former was very moving, with Thomas Sunnegårdh as a noble Paul; the latter was weird and rather repulsive, with Torsten Kerl’s Paul lurking around like a loony.

In Helsinki, the whole opera is played in Paul’s bedroom, which is a mausoleum for his dead wife, filled with her belongings. Marie is omnipresent, and Paul lives his life in a dream world. In the first act, it is a closed room, the blinds are shut, the outer world doesn’t exist. But in the following acts, Paul gradually conquers the world, the blinds are opened (his eyes are opened) and we can see Bruges from a bird’s eye perspective. It is all very beautifully done and Klaus Florian Vogt is a dignified mourning husband, who in the end realizes that he must part with Marie and return to life.

Korngold’s music is marvellous throughout, something I didn’t realize until I bought the Leinsdorf recording. Until then, I only knew the first act duet Glück das mir verblieb from the early recording with Lotte Lehmann and Richard Tauber, and Pierrot’s aria from a recording by the young Hermann Prey. The theme of the duet is recurrent throughout the opera and Paul’s long final aria is entirely built on that music. This aria must be considered to be one of the most trying in the entire repertoire, especially considering the fact that Paul has already been on stage and singing for the better part of two hours. Vogt, whose Walther von Stolzing I admired enormously in Bayreuth several years ago, has, besides the required stamina, also the beauty of tone and the ringing top notes to allow him to ride over the orchestra. His youthful timbre and intelligent phrasing made him the most consummate Paul I have heard, whether live or on a recording. I hope some record company has grabbed the opportunity to record this production, since Vogt was not alone in vocal brilliance.

Marietta’s role is also enormously taxing, but Camilla Nylund sang it with the same assurance as Vogt, actually on a par with Katarina Dalayman’s reading in Stockholm. Markus Eiche was an authoritative Frank. He also doubled as Fritz, and thus the Pierrot aria fell to him. I would have liked it to sound more lyrical, more longing, as Stefan Genz did it in Paris or Thomas Hampson on a recital disc. But it was sung beautifully and with an admirably steady tone. Sari Nordqvist’s Brigitta was strong and vibrant, albeit after a somewhat shaky start.

Mikko Franck, Artistic Director and General Music Director of the Finnish National Opera, is a charismatic conductor and there was an extraordinary glow to the orchestra. With analytic clarity, he laid bare every strand of Korngold’s masterly orchestral colours. I regard Die tote Stadt as one of the greatest operas of the first quarter of the 20th century and the Finnish National Opera’s production makes it stand out as a true masterpiece, scenically and musically.

Göran Forsling
http://www.musicweb-international.com/SandH/2010/Jul-Dec10/korngold2611.htm

 

Erich Wolfgang Korngold
La Ville morte - Die Tote Stadt

 

Après la version mise en scène par Pier Luigi Pizzi enregistrée à La Fenice et parue en DVD sous label Dynamic, voici une autre version du second et plus célèbre opéra de Korngold, La Ville morte (Die Tote Stadt).
Captée en 2010 au Finnish National Opera, cette production de Kasper Holten ne ressemble en rien à son aînée vénitienne.
Mikko Franck dirige l'orchestre maison, tandis que Klaus Florian Vogt et Camilla Nylund se partagent les deux rôles principaux. Ce programme est édité en DVD par Opus Arte.

 


Kirsti Valve (Marie) et Camilla Nylund (Marietta) dans l'imposant décor créé par Es Devlin pour La Ville morte. © Stefan Bremer

 


Camilla Nylund interprète le rôle de Marietta. © Stefan Bremer

La Ville morte (Die Tote Stadt)
s'inscrit dans une écriture musicale et littéraire bien particulière, et nous nous permettrons de renvoyer nos lecteurs à la critique du DVD de La Ville morte enregistré à La Fenice et paru chez Dynamic, où ils trouveront les détails historiques déjà exposés dans nos colonnes. Mais nous nous réjouissons ici de voir croître l'intérêt porté à la musique de Korngold, et donc à l'époque si novatrice et perturbée de l'immédiat après-guerre. On a d'ailleurs du mal à comprendre le désintérêt presque total pour cet auteur génialement précoce, sorte de second Mozart judicieusement prénommé Wolfgang, qualifié à 9 ans de génie par Mahler et soutenu par Richard Strauss. Mais il faut aimer bien sûr les immenses orchestres, les lignes ondulatoires et continues de l'écriture, le postromantisme chargé de dièses, de bémols et de psychanalyse de la Vienne au tournant de son histoire. Pratiquer Korngold, c'est demander un énorme investissement intellectuel et physique. Mikko Franck, chef plutôt discret mais passionnant, donne de sa personne pour faire vivre cette partition pas comme les autres qui saura, pour peu que l'on y adhère immédiatement, maintenir une attention sans faille tout au long de son déroulement. En écoutant Korngold, c'est un peu comme si l'on se faisait une idée d'un opéra que Mahler n'a jamais composé.

 


Kirsti Valve interprète le rôle muet de Marie. © Stefan Bremer

La Ville morte
comporte deux rôles principaux. Celui dévolu à Camilla Nylund ne laisse que peu de repos à la soprano, d'autant que sa composition comporte une double incarnation (Marietta et la voix de Marie). Si les premiers instants restent un peu en retrait, bien vite, les immenses capacités vocales de l'interprète finlandaise ne laissent aucun doute. Habituée des personnages wagnériens et straussiens, la voix chauffe, prend de l'ampleur et gagne l'ouverture aisée et charnue que nécessitent les suraigus lumineux que lui réserve la partition. Dans le rôle de Paul, le ténor allemand Klaus Florian Vogt, se montre en comparaison un peu plus tendu. Mais il faut avouer à sa décharge que la musique de Korngold est d'une exigence telle qu'il est difficile de s'y montrer toujours parfaitement décontracté. La légèreté de sa tessiture peut surprendre mais entre bien dans l'esprit du personnage, à flux tendu, et au trouble mental qui le fragilise. L'onirisme, le culte morbide d'une disparue et les apparitions troublent autant Paul que le spectateur qui découvre l’œuvre et ne peut absolument pas prévoir sa résolution. Sa performance, de fait, en est bien une, bien que sans doute un peu uniforme. La théâtralité de La Ville morte demeure aussi redoutable que son interprétation musicale. Le metteur en scène Kasper Holten fait ici le choix de ne pas respecter les différents lieux de l'action, notamment les extérieurs de Bruges. Tout se passe en intérieur, dans la chambre de Paul, afin d'aboutir à une espèce de huis clos étouffant qui enferme davantage les personnages dans leurs délires. Les deux immenses parois qui cernent un lit central sont couvertes d'étagères sur lesquelles sont empilés les portraits de la défunte et les coffrets reliquaires. Le sol en est également jonché. Le fond de la scène, trapézoïdal, est à la fois clos et ouvert sur une Bruges vue en plongée, superbe reconstitution en maquette d'éléments d'architecture urbaine. D'où la sensation, pour le spectateur, de se retrouver parfois dans un vaisseau spatial. Le plafond est une sorte de tube aspirant en marbre dont on ne perçoit pas les limites. Les lumières de Wolfgang Goebbel conditionnent quant à elles parfaitement le spectateur à la vision de Kasper Holten. Crues ou ténues, violentes ou inquiétantes, elles sculptent ombres et reliefs pour refléter des situations complexes du drame. Les taches de rouge cru parsemées dans le décor ou les effets vestimentaires agissent sur l’œil telles des sémaphores. Kasper Holten n'est pas un metteur en scène comme les autres, et il n'hésite pas à repenser en totalité la dramaturgie d'un opéra (voir son Ring révolutionnaire de Copenhague), et ajoute à La Ville morte un personnage supplémentaire muet omniprésent, double de Marie, que seul Paul peut voir. D'autres surprises interviendront au cours du déroulement de l’œuvre que nous tairons afin de ne pas nuire à l'effet d'étonnement qu'elles engendrent


Klaus Florian Vogt (Paul) et Camilla Nylund (Marietta) dans La Ville morte au Finnish National Opera. © Stefan Bremer

Voici en vérité une très belle version de La Ville morte. Moins évidente et plus éloignée du livret original, elle offre cependant un complément idéal, plus intellectuel, à la captation réalisée à la Fenice en 2009, tout aussi aboutie mais moins morbide.
L'univers musical de Korngold semblant gagner les faveurs des éditeurs, on ne peut que souhaiter voir paraître bientôt un autre chef-d’œuvre du compositeur, l'immense Miracle d'Héliane (Das Wunder der Heliane).
À noter : Les Actes I et II sont proposés sur le DVD 1 (99’47) ; l'Acte III, sur le disque 2 (52’). Ce programme filmé en définition standard n'est pas malheureusement pas disponible en Blu-ray.

Nicolas Mesnier-Nature

Suppléments du DVD
Sur les DVD 1 et 2 : Photos de la distribution.
Bande-annonce du DVD