Franz Schrecker (1878-1934)Der Schatzgräber (Le chasseur de trésor), opéra en 1 prologue, 4 actes et 1 épilogue Label : Challenge Classics CC72927 (2 CD) Durée totale : 02:31:04 Enregistrement : 30/09-19/10/2012 Lieu : Amsterdam, Pays-Bas Prise de son : Live / Stereo Date de sortie : 09/11/2022 |
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Tijl Faveyts, basse (Le Roi) Manuela Uhl, soprano (Els) Raymond Very, ténor (Elis) Graham Clark, ténor (Le Fou) Chorus of the Dutch National Opera Netherlands Philharmonic Orchestra Marc Albrecht, direction |
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Märchenoper ? Tout porte à croire que Schreker illustra avec son cinquième ouvrage lyrique cette longue tradition de l’opéra allemand qui était quelque peu tombée en désuétude malgré le succès constant de "Hänsel und Gretel" (1893) d’Humperdinck. Märchenoper oui, mais sans le refuge dans l’enfance. Car "Der Schatzgräber" (1918) est une fois encore le récit de la quête d’un idéal alors même que l’univers de Schreker venait de s’effondrer dans le désastre de la Première Guerre Mondiale. Quête d’un idéal troublé par les désirs érotiques et soumis à la toute puissance de l’amour, contrarié par la cruauté d’un monde archaïque. Schreker en eut l’idée en écoutant une jeune femme jouant du luth. Son imagination fertile en déduisit un conte où un chanteur ambulant devra retrouver au péril de sa vie les bijoux de la Reine et renoncer à son amour pour Els dont il accompagnera l’agonie d’un ultime chant. Plus que Les Stigmatisés ou Le Son lointain, Le "Chercheur de trésor" est pétri de wagnérisme, même si celui-ci est entendu au travers du prisme des "Königskinder" (1910) d’Humperdinck – les livrets des deux ouvrages montrent quelques analogies. Son orchestre immense, "surchromatique", a vite fait d’être un personnage à part entière. Marc Albrecht le dompte sans affadir sa luxuriance, et le tire plutôt vers la Seconde Ecole de Vienne que vers Wagner ou Puccini, à la fois décor somptueux et acteur du drame. L’œuvre prends alors un visage bien plus moderne que celui dévoilé jadis par Gerd Albrecht qui l’alourdissait jusqu’à le rendre opaque et dont la distribution était dépareillée par l’Els hurleuse de Gabriele Schnaut (Capriccio). Manuela Uhl lui rends sa poésie, tout en ayant les grands moyens vocaux qu’exige l’écriture tendue d’un rôle sans concession. Et Raymond Very campe un Elis entre lumière et doute, personnage saisissant aussi bien dans l’introspection que dans l’extase lyrique. Formidable Bouffon selon Graham Clark qui transforme ce caractère souvent poussé à la caricature, lui donne une dimension supplémentaire, le rapproche du Nain que Zemlinsky composait à la même époque. Toute la troupe brille, somptueusement captée et l’on prend la mesure d’un ouvrage qui peut enfin faire jeu égal avec les deux autres chefs-d’œuvre lyriques de leur auteur. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé) Franz Schreker (1878-1934, compositeur autrichien) est né à Monaco et a grandi au cours de voyages à travers la moitié de l’Europe et, après la mort prématurée de son père, la famille a déménagé à Vienne (1888) où, en 1892, avec l’aide d’une bourse, Schreker est entré au Conservatoire de Vienne. Après des études de violon avec Sigismund Bachrich et Arnold Rosé, il entre dans la classe de composition de Robert Fuchs et obtient son diplôme de compositeur en 1900. Schreker est bien connu pour ses opéras et a écrit le livret et composé son opéra « Der Schatzgräber » après le grand succès de « Der ferne Klang » (1912) et « Die Gezeichneten » (1918). « Der Schatzgräber », qui remet en question la valeur du matérialisme par rapport à l’amour, s’avérera particulièrement puissant dans l’Europe d’après-guerre. Après la première à Francfort en janvier 1920, des productions surgissent dans les grandes villes du continent et Schreker devient l’un des compositeurs les plus joués de sa génération. Alors que son plus grand concurrent, Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, avaient suivi une voie similaire dans le ouvertement wagnérien « Die Frau ohne Schatten » - qui a été créé à Vienne le 10 octobre 1919 - leur « dernier opéra romantique » n’avait pas le punch allégorique de Schreker. Strauss s’est retiré plus loin dans la Gemütlichkeit, tandis que Schreker a continué à se débattre avec le dilemme d’être un artiste dans le monde moderne. |