Marcel Lattès, le compositeur oublié
Compositeur de talent, Marcel Lattès obtiendra une exemption d'étoile qui lui permettra un répit de quelques mois avant sa déportation
http://etoilejaune-anniversaire.blogspot.fr/2011/12/marcel-lattes-etoile-de-la-musique.html
Dimanche 11 décembre 2011
Publié par Thierry Noël


CDJC-XXVa-185 - L'exemption accordée à Marcel Lattès.

 

De la comédie musicale...
Des opérettes et comédies musicales comme" Le Diable à Paris " (1927, avec Dranem) et surtout " Arsène Lupin banquier ", créée en mai 1930 aux Bouffes Parisiens avec Koval et Jean Gabin, comme " jeune premier comique ", d’après l'œuvre de Maurice Leblanc (1864-1941), son oncle,
créateur du célèbre personnage "gentleman cambrioleur". (2)

... Aux musiques de film
Avec le déclin de la comédie musicale, il entreprend une carrière de compositeur de musique pour une quarantaine de films de grands réalisateurs comme Pabst, Karl Anton, Abel Gance, Maurice Tourneur, André Berthomieu, Christian-Jaque, Jean Dréville, Marcel L'Herbier. Il composa aussi la musique des deux premiers films de l'argentin Carlos Gardel, tournés en France, " La Casa es seria ", " Esperame " en 1932, et " Melodia de Arrabal " en 1933. Arletty chantera sa chanson " Et le reste " dans le film " Maquillage " (1932).
Il écrit aussi des musiques de chansons, comme "Je t'attendrai" en 1932, avec Saint-Granier. Sa filmographie s’arrête en 1940 avec " Elles étaient douze femmes " de Georges Lacombe, interprété par Gaby Morlay.

 

 

 

La rafle des "notables"
Engagé en 1914, croix de guerre et officier de la Légion d'honneur, Lattès est arrêté le 12 décembre 1941 lors de la rafle dite " des notables israélites ", en représailles d'attentats anti-allemands. Cette rafle entraîna l'arrestation de 743 Juifs, en grande majorité français. Des chefs d'entreprises, des ingénieurs, des médecins, des artistes, des avocats, des universitaires. Ces " français israélites " seront détenus au camp de Royallieu-Compiègne, avant leur transfert à Pithiviers et Drancy, puis Auschwitz. Lattès y retrouva René Blum, le frère de l'ancien président du conseil Léon Blum, ancien directeur du Théâtre de Monte-Carlo, mais aussi des ténors du barreau de Paris comme les avocats Pierre Masse, Gaston Crémieux, Théodore Valensi, Edouard Bloch, Maurice Azoulay et Albert Ulmo.
Parmi les raflés se trouve aussi Jean-Jacques Bernard, romancier et dramaturge (fils de Tristan Bernard) qui relatera après guerre sa détention dans « Le Camp de la mort lente ».
A propos de Lattès, il écrit : « Le compositeur Marcel Lattès arriva les mains dans ses poches, sans valise, sans couverture, souriant, persuadé et répétant à chacun que cette histoire était cocasse et que nous serions sûrement libérés avant vingt-quatre heures ».
D'après sa petite-fille, Lattès retrouva la liberté grâce à Sacha Guitry, et son frère Georges Lattès, banquier.
Son exemption d'étoile jaune lui permettra de travailler mais la police viendra à nouveau l'arrêter à son domicile lee15 octobre 1943..
Une arrestation qui, semble-t-il, aurait eu à voir avec une femme et une dispute avec un officier allemand, précise Variety Moszynski. (4).
Marcel Lattès sera du convoi n° 64 du 7 décembre 1943 pour Auschwitz. Il meurt le 12 décembre, au lendemain de son 57e anniversaire.