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Auschwitz avec Robert Desnos
Andre Bessiere
L'Harmattan - Memoires du Xxe Siècle (2003)
ISBN-13: 978-2-74750-180-4
Français, 303 pagesAutodidacte et rêvant de poésie, Robert Desnos est introduit vers 1920 dans
les milieux littéraires modernistes et rejoint en 1922 l'aventure surréaliste.
Il participe alors de manière éclatante aux expériences de sommeils hypnotiques
et publie avec Rrose Sélavy (1922-1923) ses premiers textes qui reprennent le
personnage créé par Marcel Duchamp.
Dans les années 1924-1929, Desnos est rédacteur de "La Révolution surréaliste"
mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut l'orienter vers le
Communisme. Il travaille alors dans le journalisme et, grand amateur de musique,
il écrit des poèmes aux allures de chanson et crée avec un grand succès le 3
novembre 1933, à l'occasion du lancement d'un nouvel épisode de la série
Fantômas à Radio Paris "la Complainte de Fantômas".
Le poète devient ensuite rédacteur publicitaire mais concerné par la montée
des périls fascistes en Europe, il participe dès 1934 au mouvement frontiste et
adhère aux mouvements d'intellectuels antifascistes, comme l'Association des
écrivains et artistes révolutionnaires ou, après les élections de mai 1936, le
"Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes".
En 1940 après la défaite il redevient journaliste pour le quotidien
Aujourd'hui, et dès juillet 1942 fait partie du réseau de Résistance "AGIR".
Bien que pacifiste forcené, Robert Desnos a conscience que la montée du nazisme,
ne peut être endiguée que par la force, et il poursuit ses activités de
Résistance jusqu'à son arrestation le 22 février 1944. Il est incarcéré à
Fresnes. Le 20 mars, il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne. Le 27
avril, il fait partie d'un convoi de quelque mille sept cents détenus déportés
vers les camps de Auschwitz, Buchenwald et Flossenbürg d'où il est envoyé au
Kommando Floha. Il est finalement transféré à Theresienstadt (Terezin), en
Tchécoslovaquie où il meurt le 8 juin 1945, épuisé par les privations et malade
du typhus, un mois après la libération du camp par les Russes. La dépouille du
poète est rapatriée en France, et Robert Desnos est enterré au cimetière du
Montparnasse à Paris.
Il faut remercier André Bessière d'avoir de
nouveau " forcé sa mémoire " afin de nous livrer son témoignage à la fois sur
l'horreur des camps et sur le calvaire d'un poète dont la poésie voulait faire
barrage à la barbarie. En effet l'auteur jeune, résistant de 18 ans, fut le
compagnon d'infortune et " voisin de paillasse " de celui qu'Aragon, dans un
émouvant poème, appelle :" Robert le Diable,
.....celui qui partit de Compiègne accomplir jusqu'au bout sa propre prophétie
là-bas où le destin de notre siècle saigne... ".
Robert Desnos, l'un des poètes du " Surréalisme " et
ami d'André Breton est très vite devenu, dès le milieu des années 30, touché par
la guerre civile espagnole, antifasciste et militant contre l'antisémitisme,
l'ancien pacifiste qu'il était écrit en 1938 :"
Je chante ce soir non ce que nous devons combattre Mais ce que nous devons
défendre...... ".Après la " Drôle de guerre "
il rentre en résistance intellectuelle contre Vichy dirigé par le " Maréchal
Ducono " et l'occupant. Avec Youki, sa femme,
dans l'appartement de la rue Mazarine ils reçoivent tous ceux qui partagent
leurs idées, Eluard, Picasso et bien d'autres et à qui ils font partager leur
optimisme. Il rentre ensuite dans le réseau de renseignements " Agir ".
Son poste au journal " Aujourd'hui
", dirigé par un inconditionnel de la collaboration Georges Suarez, va lui
permettre de fournir de nombreux renseignements aux responsables Anglais du
réseau. Il rentrera aussi en relation avec le mouvement " Combat "
et Jean Bruller, c'est à dire " Vercors "
l'un des fondateurs des éditions de Minuit où il signera de son pseudonyme "
Pierre Antier " un poème " Ce coeur qui
haïssait la guerre " où il clame sa révolte
contre Hitler et ses partisans et sa foi pour " Ces
coeurs qui haïssaient la guerre... et battaient pour la Liberté ".Il
est arrêté, par un " triste Mardi-gras "
neigeux du 22 février 1944 et quelques jours plus tard transféré au camp
d'internement de Royal-lieu près de Compiègne. André Bessière relate
minutieusement la vie dans ce camp, anti-chambre de la déportation, où il fera
connaissance avec le poète, " amusé par son
excentricité vestimentaire et décontenancé par son humour ",
dont l'arrivée dans ces tristes lieux s'est vite répandue. Desnos y retrouvera
quelques connaissances dont Maurice Bourdet du " Poste
parisien ". Plein d'énergie et d'imagination " Robert
le Diable " est de toute les distractions
intellectuelles du camp, c'est le poète racontant " le
Surréalisme ", sa vie et dialoguant avec tous
les détenus, s'attirant de Vincent Badie, l'un des 80 [députés] qui surent dire
non à Pétain, cette phrase : " Mes
félicitations pour ces heures d'oubli que vous nous dispensez si généreusement ".Le
27 avril 1944, à cent vingt par wagon, c'est le départ pour un " hallucinant
voyage " vers Auschwitz-Birkenau, quatre
mois à peine avant que " le Veilleur du
Pont-au-Change n'accueille les armées libératrices ".
Quatre jours plus tard c'est l'arrivée dans ce que l'auteur appelle " les
écuries de la mort " ou étonnamment et
courageusement Desnos devenu le matricule 185.443 s'essaye à communiquer à ses
camarades son optimisme. Devant l'horreur de ce camp, à la vue de ces milliers
de détenus faméliques, et des menaces d'exterminations proférées par les " Kapos ",
pour Desnos et les quelques compagnons qu'il retrouve comme Rémy Roure une seule
idée : " survivre et vivre pour témoigner... ".Le
14 Mai nouveau départ, cette fois si pour le camp Buchenwald où l'enfer est à
peu de chose près identique, " où les journées
s'écoulent moroses, interminables, parfois interrompues d'incidents.....
" avec la faim comme compagne. Au début juin Robert Desnos et André Bessière
vont être affectés dans le même commando de travail à Flöha en Saxe dans une
usine de production des fuselages d'avions. Peu manuel le poète " déambule "
avec un balai dans les ateliers, privilégié avec les colis de nourriture que lui
fait parvenir Youki qu' il partage, permettant une bonne mais provisoire survie.
Allongés sur le même châlit, touchante la relation que fait l'auteur de ses
dialogues avec le poète, de ses bons mots et de ce rituel où Robert Desnos donne
à ses compagnons ses consultations " Clé des
songes " qui annoncent toujours le bonheur
futur et la liberté. Dans le quotidien de Flöha, fin 44, où la faim, le froid,
la fatigue et la violence, dominent, l'on voit Robert Desnos entraîner ses
compagnons à " vivre sa vie d'artiste "
avec une verve animatrice et un entrain étonnant. Avril 45, tandis que les
Alliés resserrent leur étau sur l'Allemagne, la faim et les mauvais traitements
ont affaibli le poète, tandis qu'une nouvelle tragédie va commencer pour tous
les déportés qui vont être jetés, par leurs tortionnaires, sur les routes
Allemandes, pour former " les derniers
convois de la mort ".Après trois semaines
d'une marche épuisante, le 7 mai, veille de la cessation des combats, le convoi
où se traîne Desnos épuisé arrive au camp de Theresienstadt. Robert Desnos rongé
par la fièvre va rentrer à l'hôpital militaire russe, où les médicaments font
défaut, " sa flamme "
l'abandonnera, au matin du 8 juin1945. Encore une fois, merci à André Bessière,
pour les deux très forts témoignages qu'il nous donne dans ce livre : celui
remarquable et peu connu des dernières années du poète et celui terrible de
vérité de l'horreur des camps exauçant ainsi l'un des voeux " du
passant de la rue Saint-Martin " : celui de
témoigner.Jean Novosseloff
Secrétaire Général-adjoint de l'association " Mémoire
et Espoirs de la Résistance "© Fondation de
la Résistance
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