Marcel Mihalovici (Bucarest le 22 octobre 1898 - Paris le 12 août 1985)
Entre 1908 et 1918, il a suivi dans sa vile natale, les cours de violon de
Franz Fischer et Bernard Bernseld - un élève d’Enescu -, d’harmonie de Dimitri
Cuclin et de contrepoint de Robert Cremer.
Grâce à Bernseld, le jeune musicien, précoce (il compose ses premières pièces à
l’âge de onze ans), est très tôt repéré et encouragé par Enescu.
Il en deviendra l’héritier spirituel, statut renforcé par les liens étroits qui
les unissent durant les dernières années de la vie du maître à Paris.
C’est dans la capitale française que le jeune musicien débarque en 1919, suivant
ainsi les conseils de son mentor. Jusqu’en 1925, Marcel Mihalovici poursuit sa
formation à la Schola Cantorum.
Il profite alors des enseignements de Vincent d’Indy (composition et direction
d’orchestre), de Léon Saint-Réquier (harmonie), d’Amédée Gastoué (violon) et de
Nestor Lejeune (violon).
Dès 1921 il se fait remarquer en
emportant le deuxième prix de composition du Concours Enescu en Roumanie (pour
sa Sonate pour piano et violon n°1). Remaniée en 1927, celle-ci sera
créée en 1929 par Clara Haskil et Georges Enescu. Mais entre-temps, en 1928,
avec quelques autres compositeurs étrangers installés en France – le Tchèque
Bohuslav Martinu, le Suisse Conrad Beck, le Hongrois Tibor Harsanyi et le Russe
Alexandre Tcherepnine -, Mihalovici participe à un concert assez marquant pour
que les critiques les réunissent sous l’expression « École de Paris » ; par
assimilation avec l’Ecole de Paris des peintres. Sur le plan musical, cette
expression est factice : en effet, les compositeurs en question développent des
esthétiques musicales variées soumise à des influences d’origine elles aussi
fort diverses. Mais elle répond aux vœux de musiciens qui cherchent à se
coaliser, par amitié comme par intérêt, pour mieux exister et se faire
connaître, notamment autour de l’éditeur Michel Dillard (La Sirène Musicale).
Bientôt d’autres musiciens les rejoignent : le Polonais Alexandre Tansman, le
Russe Igor Markevitch et l’Autrichien Alexandre Spitzmüller.
Compositeur militant, Mihalovici devient un animateur de la vie musicale
parisienne. En 1932 il participe à la fondation du Triton *, société de musique
contemporaine et vitrine musicale à la fois qui réunit les compositeurs les plus
en vue de l’époque : Milhaud, Ibert, Tomasi, Honegger et, bien sûr, certains des
membres de l’École de Paris. De même, il est cofondateur de la société des
compositeurs roumains.
En 1939-1940, Mihalovici lance l’AMC (Association de la Musique Contemporaine).
En été 1940, alors que Paris est occupé, avec l'aide de Irène et Lizica
Codreanu et de leur fils François, Mihalovici et son épouse, la pianiste Monique
Haas, (Ils sont Juifs tous les deux) s'exilent à Cannes.
Il y écrit les Sonates, Op. 45 (violon et piano) et Op. 47 (alto et piano),
ainsi que les Ricercari Op. 46 pour piano. En 1944 il travaille à la Symphonie
Op. 48. Pendant cet exil forcé Mihalovici connaît la peur permanente et
l'attente est insupportable. Après que la Gestapo ait fouillé plusieurs fois son
appartement, Mihalovici entre dans la clandestinité et, jusqu'à la fin de
l'occupation, il a vécu caché chez des amis à Mont-Saint-Léger. A cette époque,
il participe à l'organisation de résistance Front national, qui
publie des œuvres de compositeurs persécutés par les nazis.
Après que la guerre, revenu à Paris, il « s’impose […] comme l’une des figures marquantes du monde musical » (Alain Paris). Il continue à être souvent sollicité et joué, notamment, par la Radio française. L'une de ses ultimes compositions, peu avant sa mort, sera une commande du violoniste Yehudi Menuhin. Il a aussi été l'ami, notamment, de Samuel Beckett, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre Jean Jouve **.
Naturalité Français en 1955, il se partage alors et jusqu’à la fin de sa vie entre la composition, la promotion de la musique et l’enseignement.
« Deux grandes lignes constituent les bases de l’esthétique de Mihalovici : ses origines roumaines et l’enseignement de Vincent d’Indy. De son pays natal, il a conservé le lyrisme, la nostalgie et une attirance pour les musiques modales : l’auteur de Fervaal lui a donné un sens de la construction et le goût des grandes formes. Sa curiosité le mène sur le même chemin que Bartók et Enescu, puisant aux sources de la musique populaire d’Europe centrale, dont il aime les métriques inégales. […] L’impressionnisme transparaît de son œuvre, même si ses harmonies dissonantes, son attirance pour l’atonalité et un chromatisme parfois sériel relèguent bien loin les influences debussystes. » Alain Paris.
Marcel Mihalovici repose dans la 87e division (columbarium)
* La société Triton, dont le comité directeur regroupait Honegger, Milhaud, Ibert, Rivier, Tomasi, Ferroud, Harsanyi, Mihalovici et Prokofiev mit sur pied des séries de concerts de musique de chambre de 1932 à 1939 offrant une largesse d'esprit relativement rare dans le Paris de cette époque pour programmer en plus des œuvres de ses sociétaires des musiciens étrangers comme le Suisse Conrad Beck, Erwin Schulhoff, Bohuslav Martinů, Alexandre Tasman, Arthur Lourié, Alexandre Tcherepnine ou plus connus, ainsi Paul Hindemith, Georges Enesco et Bela Bartok.
(works with op. ?? are placed approximately by date)
http://musiqueclassique.forumpro.fr/t4252-marcel-mihalovici
op. ?? - Trois poèmes chinois (1920)
op.
05 - Quatuor à cordes n° 1 (1923)
op. 06 - Three Nocturnes; piano
op. ?? - Une Vie de Polichinel, ballet (1922)
op. ??
- Quatuor pour piano et cordes (1922)
op. 11 - Sonatine; piano
(1923)
op. 12 - Dialogues; clarinet and piano
op.
13 - Sonatine; oboe or violin and piano (1924)
op. ?? - Le
Postillon du Roy, ballet (1924)
op. 18 - Chansons et Jeux
(Romanian Poems); voice and piano (1924)
op. 19 - Impromptu
Pieces; piano (1924)
op. ?? - Sonata no. 1; violin and piano
(1927)
op. ?? - Fantaisie pour orchestre (1927)
op.
23 - Karagueuz; puppet ballet for orchestra or 4H piano (1926)
op.
27 - L'intransigeant Pluton ou, Orphee aux Enfers; opera in one act (1928)
op. 28 - Chindia; radio-orchestra (1929)
op. 29 -
Four Caprices; piano (1929)
op. 30 - Trio 'Serenade'; violin,
viola, and cello (1929)
op. 31 - String Quartet no. 2 (1931)
op. 32 - Chanson, Pastorale, Romanian Dance; piano
op.
33 - Concerto (Quasi una Fantasia); violin and orchestra (1930)
op.
35 - Sonata; clarinet trio (Eb, A, and bass in Bb) (1933)
op. 37
- Five Bagatelles; piano
op. 38 - Divertissement; small orchestra
(1934)
op. 40 - Rhapsody Concertante; orchestra, piano et
orchestre (1951)
op. ?? - Capriccio romanien pour orchestre
(1936)
op. ?? - Un danseur roumain, pour piano (1937)
op.
42 - Prelude and Invention; string orchestra
op. 44 - Toccata;
piano and orchestra (or 2 pianos) (1940)
op. 45 - Sonata no. 2;
violin and piano (1941)
op. 46 - Ricarcari, Variations; piano
(1941)
op. 47 - Sonata; viola and piano (1942)
op.
?? - Sequences; orchestra
op. 48 - Symphonies for Present Times;
orchestra (1944)
op. 50 - Sonata; violin and cello (1944)
op.
51 - Contrerimes, 3 songs; voice and piano (1944)
op. 52 - String
Quartet no. 3 (1946)
op. ?? - Sequences, pour orchestre (1947)
op. 54 - Variations; horns and strings (1946)
op. 58
- Phedre; opera in five scenes (1949)
op. 59 - Sonata; solo
violin (1949)
op. 60 - Sonata; solo cello (1949)
op.
61 - Ritournelles; orchestra
op. 62 - Four Pastorales; piano
op. 63 - Three Nocturnes; piano (1948)
op. 64 - Etude
in Two Parties; piano, winds, brass, celeste, and percussion (1951)
op.
65 - Sinfonia Giocosa (Symphony no. 1); orchestra (1951)
op. 66 -
Sinfonia Partita (Symphony no. 2); string orchestra (1952)
op. 67
- Two Poesies D'Agrippa D'Aubigne; SATB chorus (1952)
op. 68 -
Memorial (Five Motets); chorus (1952)
op. 70 - The Homecoming (Le
Retour); opera in one act (1955)
op. 71 - Trio; oboe, clarinet,
and bassoon (1955)
op. 72 - Elegy; orchestra (1955)
op.
73 - Scenes from Thesee (Ballet) Thésée au Labyrinthe; orchestra (1956)
op.
74 - Alternamenti (Ballet); orchestra (1957)
op. 75 - Evening
Songs, Four Poems of Yvan Goll; voice and piano
op. 76 - Tragic
Overture; orchestra (1957)
op. ?? - Sonata; bassoon and piano
(1958)
op. ?? - Mélodie, flûte et piano (1958)
op.
?? - Pastorale triste, flûte et piano (1958)
op. 78 - Sonata; Bb
clarinet and piano (1959)
op. ?? - Scherzo-Waltz; Bb trumpet and
piano (1958)
op. ?? - Meditation; C or Bb trumpet and piano
(1958)
op. ?? - Novelette; bassoon and piano (1958)
op.
?? - Episode; F horn and piano (1958)
op. ?? - Variations, ballet
(1960)
op. 80 - Exercise; string orchestra (1959)
op.
81 - Krapp's Last Tape (Beckett) Krapp ou la dernière bande; opera (1960)
op.
82 - Sinfonia Variata (Symphony no. 3); orchestra (1960)
op. 83 -
Improvisations; percussion and piano
op. 84 - The Twins (les
jumeaux); opera in three acts (1962)
op. 87 - Musique Nocturne;
clarinet and chamber orchestra (1963)
op. 88 - Sinfonia Cantata
(Symphony no. 4); baritone, mixed chorus, and orchestra (1963)
op.
89 - Aubade; string orchestra (1964)
op. ?? - Dialogues,
clarinette et piano (1964)
op. 90 - Sonata; piano (1964)
op.
93 - Periples; small orchestra (1967)
op. 94 - Symphony no. 5 (in
memory of Hans Rosbaud) (1969)
op. ?? - Refrains, pour orchestre
(1969)
op. 95 - Pretexts; oboe, bass clarinet, piano, percussion,
and strings (1968)
op. 96 - Variantes; F horn and piano (1970)
op. 97 - Cantus Firmus; two pianos (1970)
op. 98 -
Rondo; orchestra (1970)
op. 99 - Serioso; bass saxhorn and piano
(1971)
op. 100 - Cantilene; mezzo-soprano and chamber orchestra (1972)
op.
??? - Recit; solo clarinet (1973)
op. 102 - Melopeia; oboe solo (1973)
op.
103 - Chant Premier (Sonata); tenor saxophone and orchestra (1973)
op. 104 -
Texts; viola and piano (1974)
op. 105 - Passacaglia for One Hand; piano
(1975)
op. 106 - Follia, Paraphrases; orchestra (1977)
op. 107 - Delie
(Cantata); soprano and orchestra (or piano)
op. 108 - Sonata-Danse; cello and
piano
op. 109 - Malinconia (Cantata); soprano, bass, string quartet, and
orchestra
op. 110 - Sonata; viola solo
op. 111 - String Quartet no. 4
(1981)
op. 112 - Miroir des songes; flute and piano (1981)
op. 113 - Torse
(Meditation); violin solo
op. 114 - Elegy no. 2; violin and piano
op. ???
- Sonate "dans le caractère d'une scène lyrique", violoncelle et piano (1982)
** En 1945, Pierre Jean Jouve dédicace ainsi un exemplaire de son livre Gloire 1940 (publié en 1944 à Fribourg) :
pour Marcel Mihalovici... ayant entendu les superbes Ricercari joués par Monique - ce livre en souvenir de Cannes, du sombre temps où il était au travail - 1945.
Marcel Mihalovici (1898-1985) est un compositeur d'origine roumaine. Il est l'un des membres importants de «l'Ecole de Paris» (avec Bohuslav Martinu, Alexandre Tansman). Il était l'époux de la pianiste Monique Haas. Tous deux étaient des amis de Pierre Jean Jouve. Ils avaient participé au "Front national", mouvement résistant anti-nazi créé à l'initiative du Parti Communiste (alors interdit) pour regrouper des artistes pas obligatoirement politisés ; les fondateurs avaitent été Roger Désormières, Elsa Barraine et Louis Durey ; on rencontrait dans ce mouvement des compositeurs comme Henri Dutilleux, Claude Delvincourt, Georges Auric, Francis Poulenc. Parmi les oeuvres les plus connues de Marcel Mihalovici, citons ses opéras, Mélusine (livret de Yvan Goll, 1920) et Phèdre (1949).
On peut supposer que la dédicace de Jouve fait référence à la période qui a suivi l'exode (1940), Jouve et Mihalovici étant alors réfugiés dans le sud de la France. Les Ricercari - variations libres pour piano op. 46 dont il existe des enregistrements par Monique Haas - sont habituellement datés de 1941 : Jouve les auraient entendus en avant-première ou en cours de composition.
http://www.youtube.com/watch?v=t0BuvK3JMvo
Marcel Mihalovici
Les Greniers de la mémoire par Karine Le Bail
France Musique : 24/31 septembre 2006 17:30
INA :
http://www.ina.fr/recherche/recherche?search=marcel+mihalovici+&vue=Audio
Cette semaine et la semaine prochaine, les Greniers vous proposent de
réveiller le souvenir de Marcel Mihalovici. Grâce aux archives de l’INA, nous
voyagerons au fil de la mémoire de ce musicien français d’origine roumaine dont
le nom comme les œuvres sont trop méconnus.
Né à Bucarest le 22 octobre 1898, Marcel Mihalovici fait partie, comme tant
d’autres musiciens, écrivains, peintres, de ces communautés cosmopolites
d’artistes qui, dans l’immédiat après Première guerre mondiale, « débarquent »
Paris pour se fondre dans son ébullition créatrice. C’est donc à Paris que le
jeune musicien débarque en 1919, suivant ainsi les conseils de son mentor :
George Enescu. Il y arrive fort de sa formation roumaine. Entre 1908 et 1918, il
a en effet suivi les cours de violon de Franz Fischer et Bernard Bernseld - un
élève d’Enescu -, d’harmonie de Dimitri Cuclin et de contrepoint de Robert
Cremer. Grâce à Bernseld, le jeune musicien, précoce (il compose ses premières
pièces à l’âge de onze ans), est très tôt repéré et encouragé par Enescu. Il en
deviendra l’héritier spirituel, statut renforcé par les liens étroits qui les
unissent durant les dernières années de la vie du maître à Paris.
A Paris, jusqu’en 1925, Marcel Mihalovici poursuit sa formation à la Schola
Cantorum. Il profite alors des enseignements de Vincent d’Indy (composition et
direction d’orchestre), de Léon Saint-Réquier (harmonie), d’Amédée Gastoué
(violon) et de Nestor Lejeune (violon). Dès 1921 il se fait remarquer en
emportant le deuxième prix de composition du Concours Enescu en Roumanie (pour
sa Sonate pour piano et violon n°1). Remaniée en 1927, celle-ci sera
créée en 1929 par Clara Haskil et Georges Enescu. Mais entretemps, en 1928, avec
quelques autres compositeurs étrangers installés en France – le Tchèque Bohuslav
Martinu, le Suisse Conrad Beck, le Hongrois Tibor Harsanyi et le Russe Alexandre
Tcherepnine -, Mihalovici participe à un concert assez marquant pour que les
critiques les réunissent sous l’expression « Ecole de Paris » ; par assimilation
avec l’Ecole de Paris des peintres. Sur le plan musical, cette expression est
factice : en effet, les compositeurs en question développent des esthétiques
musicales variées soumise à des influences d’origine elles aussi fort diverses.
Mais elle répond aux vœux de musiciens qui cherchent à se coaliser, par amitié
comme par intérêt, pour mieux exister et se faire connaître, notamment autour de
l’éditeur Michel Dillard (La Sirène Musicale). Bientôt d’autres musiciens les
rejoignent : le Polonais Alexandre Tansman, le Russe Igor Markevitch et
l’Autrichien Alexandre Spitzmüller.
Compositeur militant, Mihalovici devient un animateur de la vie musicale
parisienne. En 1932 il participe à la fondation du Triton, société de musique
contemporaine et vitrine musicale à la fois qui réunit les compositeurs les plus
en vue de l’époque : Milhaud, Ibert, Tomasi, Honegger et, bien sûr, certains des
membres de l’Ecole de Paris. De même, il est cofondateur de la société des
compositeurs roumains. En 1939-1940, Mihalovici lance l’AMC (Association de la
musique contemporaine). Après que la guerre lui a imposé de vivre dans le Midi,
ce rôle moteur se confirme : revenu à Paris il « s’impose […] comme l’une des
figures marquantes du monde musical » (Alain Paris). Naturalité Français en
1955, le mari de la pianiste Monique Haas se partage alors et jusqu’à la fin de
sa vie entre la composition, la promotion de la musique et l’enseignement.
« Deux grandes lignes constituent les bases de l’esthétique de Mihalovici :
ses origines roumaines et l’enseignement de Vincent d’Indy. De son pays natal,
il a conservé le lyrisme, la nostalgie et une attirance pour les musiques
modales : l’auteur de Fervaal lui a donné un sens de la construction et le goût
des grandes formes. Sa curiosité le mène sur le même chemin que Bartók et
Enescu, puisant aux sources de la musique populaire d’Europe centrale, dont il
aime les métriques inégales. […] L’impressionnisme transparaît de son œuvre,
même si ses harmonies dissonantes, son attirance pour l’atonalité et un
chromastisme parfois sériel relèguent bien loin les influences debussystes. »
Alain Paris.
Marcel Mihalovici est décédé à Paris le 12 août 1985.