Mieczyslaw Weinberg (1919-1996)Rôles :
Prince Leo Nikolayevich Myshkin: Juhan Tralla, TenorLe compositeur juif polonais Mieczyslaw Weinberg (1919-1996), qui a perdu sa famille à cause du national-socialisme, s’est enfui en Russie et a de nouveau été soumis plus tard à la persécution stalinienne, était l’un des compositeurs injustement oubliés du XXe siècle jusqu’à récemment. Il a laissé derrière lui une œuvre considérable, et avec une renaissance impressionnante au cours des dernières années, y compris une production acclamée de « Le Passager » à l’ENO, il est maintenant considéré comme l’un des compositeurs les plus importants de l’Union soviétique aux côtés de Chostakovitch et Prokofiev."L’Idiot », basé sur le roman du même titre de Dostoïevski, est le dernier opéra de Weinberg. composé au milieu des années 1980. L’intrigue : le jeune prince Mychkine rentre à Saint-Pétersbourg, sans le sou après de nombreuses années passées dans une clinique suisse. Dans le train, il rencontre la riche Rogoshin, poussée par une sombre passion pour Nastassia, une femme « déchue ». Le prince instable, manquant de contact avec la réalité à cause de sa maladie et croyant naïvement à la bonté des êtres humains - dépeint comme une sorte de Don Quichotte russe - tombe également amoureux de Nastassia, mais d’une manière différente : il souhaite la sauver. Entre elle et la jeune Aglaïa, il fait lui-même partie d’un réseau de dépendances matérielles et sexuelles, de blessures, d’obsessions et d’incapacité à nouer une relation, qui se termine finalement par le meurtre de Naztachia par Rogoshin. Mychkine se fige dans les bras de l’assassin dans un état entre folie et tendresse. Cet enregistrement en direct du Théâtre national de Mannheim en 2014 documente la production avec laquelle « Idiot » de Weinberg avait été présenté en première mondiale un an plus tôt à Mannheim, unanimement saluée par le public et la critique. La célèbre revue spécialisée Die Opernwelt a nommé la production « Première mondiale de l’année ». Il s’agit d’une autre première réussie de Weinberg par Thomas Sanderling dans ce qui pourrait s’avérer être une série entière.
Synopsis:
Le jeune prince Mychkine, qui souffre d’épilepsie, rentre à Saint-Pétersbourg complètement démuni après un séjour de plusieurs années dans un sanatorium suisse. À Saint-Pétersbourg, il se retrouve immédiatement empêtré dans un réseau d’intrigues autour de la beauté aux yeux noirs Nastasya. Son amour pour elle force l’intègre Mychkine à une relation macabre avec son rival compulsif Parfion Rogoshin, le fils d’un riche marchand. Nastasya est fascinée par la profonde folie du prince, devenu millionnaire à la suite d’un héritage inattendu. La tentative de Rogoshin d’assassiner son rival échoue, car Mychkine souffre d’une crise d’épilepsie pendant l’assaut.Il est tout à fait réjouissant de voir la musique de Mieczysław Weinberg sortir de l’oubli. Après un Portrait à Nancy et Bregenz et avant une splendide Passagère à Francfort, c’était à l’Opéra de Mannheim d’apporter sa pierre à l’édifice en créant le dernier opéra du compositeur polonais L’Idiot. Etant donné le succès de cette production de 2013, il est tout aussi réjouissant de voir que la reprise de janvier 2014 a fait l’objet d’un enregistrement paru fin 2015 chez PanClassics (attention, première mondiale!).
Il est extrêmement difficile de parler de la musique de
Weinberg sans évoquer celle de son mentor et ami Chostakovitch.
En effet, les similitudes (tant stylistiques que biographiques)
entre les deux compositeurs sont tellement évidentes qu’ils sont
souvent programmés côte à côte dans les salles de concert. L’un
comme l’autre furent anéantis par le régime soviétique,
rescapèrent in extremis des purges orchestrées par Beria et
trouvèrent un amer refuge dans une collaboration forcée avec les
autorités politiques. Chostakovitch voyait dans le compositeur
polonais un ami partageant la même sensibilité musicale que lui,
et Weinberg n’hésitait pas à se proclamer élève spirituel du
premier.
Néanmoins, si les influences du
vieux lion Chostakovitch se laissent sentir chez son cadet, il
serait trop hasardeux de réduire ce dernier à une réplique de
l’autre. En effet, Weinberg ne partage pas cette obsession du
contrepoint le plus strict, ou cet intérêt pour les fanfares
sordides qui caractérisent souvent les pages de son ainé. Il ira
davantage puiser ses ressources chez Berg, en se souvenant à la
fois de Wagner (par l’utilisation de leitmotive) mais en
lorgnant également du côté de la musique de cabaret.
Faut-il attendre de cet Idiot d’après Dostoïevski l’opéra du siècle, un chef d’œuvre englouti qui sera désormais repris dans les plus grandes maisons du monde? Probablement pas. Est-ce pour autant un opéra qui aurait mieux fait d’être oublié, ne présentant pas de réel intérêt musical et scénique ? Certainement pas non plus. Ce qui peut rebuter lors de la première écoute de l’œuvre, c’est tout d’abord sa dimension: trois heures et demie de musique, un livret complexe et un orchestre fourni. Les tempi sont souvent lents et la musique est austère et dépouillée, malgré une orchestration plutôt massive. Et pourtant, l’auditeur sera certainement séduit par l’écriture alternant ironie acerbe et coups de poings expressionnistes.
Pour remédier au problème posé par l’intrigue de Dostoïevski, Weinberg et son librettiste Alexander Medvedev n’hésitent pas à alterner brusquement les lieux et personnages et à simplifier quelque peu les traits de caractère sans que personne n’y perde de sa particularité. Ce qui peut au départ dérouter s’avère être un bon moyen de relancer l’action musicale et dramaturgique.
Pour servir un opéra aussi dense, il fallait de grands moyens
et surtout de grandes (grosses?) voix. Le défi est
partiellement relevé par l’Opéra de Mannheim. Saluons tout
d’abord la performance de Juhan Tralla dans le
rôle du Prince Myshkin. La partie est extrêmement exigeante,
sollicitant beaucoup l’aigu et le forte. Rien de cela n’effraie
le ténor estonien qui offre, soutenu par une technique
constante, une interprétation très musicale. Sans jamais céder à
un vérisme exacerbé, il incarne idéalement ce prince à l’esprit
fin et perspicace mais incapable de prendre sa vie en main. Le
Rogozhin du bariton Steven Scheschareg est
aussi à sa place. La voix est moins belle, mais elle colle au
personnage rugueux de l’alcoolique aux pulsions meurtrières.
A la tête du duo féminin, on retrouve deux voix «russes». Ludmila Slepneva
est une sulfureuse Nastassia Filippovna qui évoque presque
volontairement la Lady Macbeth de Chostakovitch. Le timbre est
sombre mais chaud et présent, très volumineux dans l’aigu, ce
qui n’est pas du tout un inconvénient dans un rôle comme
celui-ci. Le mezzo ultra-lyrique d’Anne-Theresa Møller
dans le rôle d’Aglaya est ici une réplique idéale, illustrant
bien la rivalité des deux femmes. Attention tout de même aux
aigus qui vibrent parfois un peu trop. Le sournois Lebedjev est
incarné par Lars Møller, un baryton dont la
voix n’est pas dans la meilleure des formes, mais qui défend
honorablement les couleurs de son personnage. Pour conclure la
liste des protagonistes, le couple aristocratique Epantchine est
confié aux voix de Bartosz Urbanowicz et
Elzbieta Ardam, toutes deux très puissantes
mais manquant par conséquent de finesse et de retenue dans le
piano. Saluons enfin la discrète mais jolie performance de
Tamara Banješević qui apporte avec son
Alexandra Epanchina une touche de fraîcheur et de légèreté au
casting vocal un peu sombre.
L’orchestre de l’Opéra de Mannheim se voit confronté à une écriture assez peu habituelle. Comme dit précédemment, l’instrumentation de Weinberg est très massive, les contours mélodiques sont anguleux (amateurs de septièmes majeures, bonsoir) et les registres souvent tendus. De plus, une prise de son particulièrement ingrate (tant pour l’orchestre que pour les voix) souligne les imprécisions d’intonation et plaque souvent les chanteurs derrière cet orchestre-mastodonte. Heureusement que la tête froide de Thomas Sanderling assure une direction très précise, ce qui permet de réparer les imperfections traînant çà et là.
Comme nous l’avions déjà évoqué, c’est la prise de son qui déçoit le plus dans cet enregistrement, réalisé à partir de deux directs depuis l’Opéra de Mannheim. L’acoustique de la salle doit être extrêmement sèche, puisque voix et orchestre se mélangent à peine. Les chanteurs sont ainsi trop souvent en retrait pour que l’on puisse pleinement apprécier les tuttis.
Voyons donc cet enregistrement comme un coup d’essai pour la musique de Weinberg. Il est idéal pour ceux qui rêvent de la découvrir, mais on attend avec impatience davantage de reprises à l’opéra et au disque, servant l’œuvre du compositeur polonais comme il se doit.
DISC 1:
Act I. 54:57
Act II. 53:22
Act III. 52:54
Act IV 46:50